LA POLYGAMIE DANS TOUS SES ETATS.

Ester OWONA 04 January 2018

Bien accueillie par certains et honnie par d’autres, elle n’a cédé ni à la colonisation, ni aux missionnaires, et continue son chemin.

La polygamie, bien connue de tous comme une institution résistante, semble avoir entamé sa transition au vu du léger recul différentiel observé depuis le début des années 1990 au Cameroun. En effet, le pays a connu une baisse de près de 10% de la proportion des femmes en unions multiples contre seulement un peu moins de 3% au Bénin, 4% au Sénégal et 2 % au Mali. Trois pays pourtant considérés comme ceux où la pratique est la plus répandue. La plupart de ces États ont connu des crises économiques, sociales et politiques qui auraient eu des effets négatifs sur des conditions d’entrer en nuptialité.

Au Cameroun, il s’en est suivi la baisse de salaires des fonctionnaires et autres agents de L’État.  La mise en couple des hommes et des femmes en Afrique dépend de plusieurs éléments qui ne se sont pas toujours adaptés à l’évolution qu’offre la globalité. Les facteurs sociaux continuent de l’emporter sur les facteurs économiques, plus dynamiques avec des conséquences sur la qualité du travail de la femme et les inégalités qui en découlent tant sur le plan démographique que social.

Le mythe de la polygamie, pourvoyeuse de richesses, tend à disparaître, laissant cours à une déconstruction sociologique des familles et bien évidemment au renforcement des souffrances des femmes et des enfants. L’économie familiale, au cœur des approches économiques de la polygamie, dépend de la main d’œuvre et des stratégies de survie en milieu rural.

La variation de l’intensité de la polygamie d’une région à une autre et d’une ethnie à l’autre peut laisser envisager une diversité de comportements individuels autour de la même institution. Les gardiens de la tradition sont très réfractaires à toute idée de changement de celle-ci qui, visiblement, leur procure des satisfactions qu’on ne peut plus expliquer par la seule volonté d’une reproduction élargie de la vie familiale, mais aussi par des égoïsmes et des envies des tout-puissants chefs de familles. Ce sont les conséquences supposées ou réelles de la polygamie, tant redoutées par les politiques au Nord, qui semblent motiver les décisions du maintien de cette institution par les politiques au Sud.

Une étude sur la polygamie, quelle soit, reste d’actualité et mérite d’être creusée pour comprendre les raisons profondes de cette résistance qui, il faut le dire, est présentée comme l’une des nombreuses causes de la « paupérisation » des pays en développement.

 

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