EGLISES DU RÉVEIL DIEU POUR ENDORMIR LES ESPRITS.

LA RÉDACTION 16 March 2018

Les soulèvements populaires qui ont débouché sur la chute des présidents Ben Ali (Tunisie), Hosni Moubarak (Égypte) et du guide de la révolution libyenne, Mouammar Kadhafi en 2011 ont donné à voir et à comprendre que le silence, ou du moins, l’indifférence du pouvoir face à la prolifération, contre la loi, des églises dites du réveil au Cameroun n’est pas innocente. Ces événements ont permis de réaliser que le régime pouvait, lorsque le contexte l’exige, utiliser les «pasteurs» de ces églises pour contrôler les masses populaires. Il en a été ainsi de l’évangile initié sur fond de matraquage par le promoteur du ministère «Va et raconte», Tsala Essomba, qui disait en substance qu’ «on ne s’oppose pas aux autorités établies par Dieu », la veille de la présidentielle 2011 au Cameroun. La campagne (fortement médiatisée) de ce pasteur visait à tuer toute velléité de soulèvement chez les Camerounais, alors que des activistes de tous ordres laissaient entendre qu’à la suite du «Printemps arabe», il allait avoir celui de l’Afrique subsaharienne. Celui-ci devait partir, selon eux, du Cameroun, en cas de nouvelle candidature de Paul Biya. Il faut reconnaître que ce message tiré de la Bible était passé chez les milliers de fidèles de cet «homme de Dieu». Il avait par la suite été repris par certains de ses confrères dans leurs congrégations. Et Dieu seul sait combien il en existe dans la seule ville de Yaoundé. L’écrivain camerounais Éric Kueté dit à ce sujet que le citoyen à qui : «on apprend qu’il faut donner à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Ces pauvres gens à qui l’on récite sans frémir que le jugement appartient à Dieu et rien qu’à Dieu, que ce n’est pas à eux de demander les comptes à leurs dirigeants, qu’ils les laissent gérer l’État comme bon leur semble et qu’ils se tournent plutôt vers Dieu pour lui demander de leur pardonner leurs erreurs, deviennent des individus accessibles, bénins, indulgents et inoffensifs, véritable cadeau pour le régime». Une action initiée par le sous-préfet de Yaoundé 1er, Jean- Paul Tsanga Foé, avait conduit à la fermeture d’une dizaine d’églises clandestines assez importantes dans ce seul arrondissement. Certains de ses collègues avaient jugé utile de le suivre dans cette croisade contre les églises clandestines, mais ils avaient été stoppés net et sommés « par la haute hiérarchie » de rouvrir la cinquantaine de temples déjà fermés sur l’étendue du territoire mettant ainsi fin aux jubilations d’une partie du petit peuple qui dénonce depuis toujours de nombreux abus et pratiques malsaines multiformes dans ces églises.

Depuis lors, de nouveaux temples sont nés. Selon le tableau confessionnel légal, maintes fois rendu public par le ministre en charge de l'administration territoriale, 47 associations religieuses sont dûment autorisées. Le ministre de la

Communication, Issa Tchiroma Bakary, avait révélé en août 2013 que celles-ci avaient été autorisées entre 1990 et 2009. Curieusement, dans la seule ville de Yaoundé, on estime à plus de 500 les églises qui fonctionnent clandestinement, au nom de l’insensé principe de «tolérance administrative». Dans son ouvrage intitulé : « Cahier d’un enfant africain », Éric Kueté soutient que les «marchands de Dieu» font du bien aux détenteurs du pouvoir, et ils le leur redent si bien. Au point où sous nos latitudes, « il est plus facile de créer une entreprise religieuse que de faire des courses dans un supermarché ».

Des cas légions d’escroquerie, de viols, de décès dus à la perversité des pasteurs, etc., ont été enregistrés dans ces officines, mais, les pouvoirs publics n’ont pas bougé le petit doigt pour les punir. Les nouvelles églises sont à l’origine de nuisances sonores dans les quartiers, ce qui ne semble gêner personne au sein de l’appareil administratif. Il s’agit-là des morceaux choisis qui créditent lourdement la thèse de l’église opium du peuple, qu’ont longtemps soutenue des théoriciens des sciences sociales. Pour Éric Kueté, «en se dirigeant comme des troupeaux sans discernement vers ces églises, les citoyens oublient les priorités». Bien plus, soutient-il, « l’endormissement de leurs esprits par des pasteurs inspirés, les transforme et leur enlève toute capacité de jugement et de soulèvement. Toutes choses qui profitent aux politiques, qui peuvent continuer sans rien craindre, à piller l’État ».

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