UNE VERITABLE PLAIE SOCIALE.

Hélène BANA 22 October 2018

Elle reste pourtant le système matrimonial par défaut, en cas de silence des époux.

Si son penchant féminin, à savoir la polyandrie, passe difficilement dans la société camerounaise, le fait pour un homme d’épouser plus d’une femme est consubstantiel à l’Africain. Spécifiquement au Cameroun, l’histoire des peuples enseigne que la plupart des ancêtres étaient mariés à plusieurs femmes. Petite illustration, chez les Beti par exemple, l’expression « Mvog » à laquelle on associe généralement un nom « Ada », «Mbi », « Atangana Mballa », désigne les enfants d’une même mère. Plutôt que de le faire par le nom de leur père, l’on préférait les référencier à leur mère dans un foyer polygamique.

Avec l’arrivée des colons et surtout du christianisme, ce système matrimonial a connu un net recul ; notamment dans les régions du Centre et Sud. Néanmoins le législateur a conservé cette éventualité dans l’ordonnance de 1981 relative à l’état civil au Cameroun. C’est ainsi que selon ce texte, au moment de contracter mariage, les époux doivent choisir entre la monogamie et la polygamie. Tout silence à ce sujet de la part des époux entraîne le système par défaut à savoir : la polygamie.

Au nom des biens. Lorsque l’on choisit la polygamie, la suite est, à peu de choses près, difficile à gérer. Dans un contexte de capitalisme et de matérialisme à outrance, les épouses et la progéniture commencent très souvent à se battre pour le contrôle des biens, même du vivant du mari. Ceci l’est davantage dans les zones où la polygamie est considérée comme anormale. En attendant le code de la famille en élaboration, les Camerounais continuent d’appliquer l’ordonnance de 1981. Encore que culturellement, il semble difficile qu’une disposition interdisant la polygamie passe. Qui plus est, au risque d’accroître davantage la polygamie de fait, sport favori de ceux qui se disent officiellement monogames.

En réalité, la polygamie donne en quelque sorte la liberté et entraîne même le libertinage dans la vie sexuelle de l’homme. Car toute conquête est susceptible de devenir une épouse. Et personne ne peut se prévaloir de quelques droits que ce soit à son sujet. La question qui taraude les esprits reste donc de savoir si la disposition qui exige la fidélité entre époux reste valable dans ce cas de figure ? Tant l’article 212 du code civil stipule clairement que : « les époux se doivent mutuellement fidélité, secours et assistance ».

 

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